COUP DE GUEULE | Goma : arrêtez les symboles, on veut des résultats

Encore une arrivée “historique”. Encore une phrase bien tournée. Encore une photo qui sourit.

Vivian van de Perre atterrit à Goma en hélicoptère et on nous vend ça comme un “début”. Très bien. Mais ici, à l’Est, on n’a plus besoin de débuts. On a besoin de fins : fin des massacres, fin des déplacements, fin de la peur, fin de l’impunité.

Parce qu’une vérité dérangeante reste debout : un hélicoptère qui se pose ne rouvre pas un aéroport. Il ne sécurise pas une route. Il ne protège pas un village. Il ne fait pas rentrer les déplacés chez eux.

“Mécanisme de suivi du cessez-le-feu” : jolie expression, réalité brutale

On annonce un mécanisme, un dispositif, une “mise en œuvre”. Des mots lourds, des acronymes, des réunions. Mais sur le terrain, la question est simple :
Qui arrête la violence ?
Pas un rapport. Pas un tableau Excel. Pas une conférence de presse.

Un mécanisme peut constater qu’un cessez-le-feu est violé — et après ? On fait quoi ? On “condamne” ? On “appelle au calme” ? On “exprime une vive préoccupation” ? Pendant ce temps, les civils, eux, n’ont pas de bouton “pause”.

Le grand théâtre : diplomatie en haut, souffrance en bas

On nous parle d’engagements, de capitales, de processus. Mais l’Est n’est pas une salle de réunion. L’Est, c’est la boue, les balles, les larmes.
Et soyons honnêtes : à force de confondre diplomatie et solution, on a créé une industrie du “presque”. Presque la paix. Presque la sécurité. Presque l’accès. Presque la réouverture.

La population n’a pas besoin de “presque”. Elle a besoin de maintenant.

L’ONU et la MONUSCO : coincées, oui. Mais pas exonérées.

On connaît l’argument : mandat compliqué, terrain hostile, pression politique. D’accord. Mais une mission internationale ne peut pas vivre éternellement dans l’entre-deux : soit elle pèse, soit elle observe.

Et quand elle observe trop longtemps, elle finit par devenir une partie du problème : pas parce qu’elle veut mal faire, mais parce qu’elle laisse croire que “quelque chose est fait”, alors que la réalité continue de brûler.

Ce qu’on attend, clairement

Assez de symboles. On veut du concret, et vite :

  1. Un calendrier public sur la réouverture réelle de l’aéroport de Goma : pas une phrase, des dates, des conditions, des garanties.
  2. Un mécanisme de suivi qui nomme et expose : pas de langage diplomatique mou quand des civils paient le prix.
  3. Des conséquences visibles : chaque violation du cessez-le-feu doit coûter quelque chose — politiquement, diplomatiquement, financièrement.

Sinon, ce n’est pas un mécanisme. C’est un décor.

Conclusion : l’Est n’a plus la patience pour la communication

Une photo ne sécurise pas Goma. Un sourire ne protège pas le Nord-Kivu. Une formule ne nourrit pas un déplacé.
Alors oui : bienvenue à Goma. Mais qu’on soit clair — on jugera cette visite à une seule chose : est-ce que, demain, il y aura moins de morts, moins de fuites, moins de peur ?

Si la réponse est non, alors ce n’était pas une visite.
C’était un épisode de plus dans la série des “grands symboles” pendant que le peuple, lui, vit le vrai film… sans pause, sans montage, sans fin heureuse.

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